
La finance on-chain entre dans l’ère de la régulation
L’année 2025 marque un tournant majeur : la finance on-chain s’inscrit désormais dans un environnement régulé grâce à la mise en place de cadres européens novateurs. Inspiré notamment par la loi française Pacte de 2019, l’édifice réglementaire construit par l’Union européenne est désormais complet. Il offre un cadre juridique sécurisé et exhaustif pour l’exercice d’activités et la fourniture de services sur cryptoactifs à travers toute l’UE.
Le déploiement des règlements Régime Pilote et MiCA (PE et Cons. EU regulation 2023/1114, 31 mai 2023) change profondément le paysage. Avec l’entrée en vigueur du dernier volet de MiCA en janvier 2025, les acteurs de la blockchain comme les institutions financières traditionelles peuvent désormais offrir des services sur crypto-actifs , émettre des stablecoins mais aussi tokéniser des instruments financiers, en bénéficiant d’un environnement juridique clair et protecteur.
Ce cadre est essentiel : il instaure la confiance sur un marché longtemps associé à la fraude et au blanchiment. L’approche européenne inspire déjà d’autres juridictions, notamment les États-Unis avec le Genius Act adopté tout récemment.
Les stablecoins et la guerre des paiements
La blockchain accélère la révolution financière. Dans le domaine des paiements, les transactions en stablecoins ont désormais dépassé celles cumulées de Visa et Mastercard.
Depuis l’entrée en vigueur de MiCA pour les EME et l’émission de stablecoins en juillet 2024, ces cryptoactifs adossés à une monnaie fiduciaire s’imposent comme une alternative crédible aux systèmes de paiement traditionnels. Ils se distinguent par leur rapidité, leur transparence, leur fiabilité et leurs coûts réduits, notamment pour les paiements transfrontières.
Cependant, cette croissance rapide soulève un enjeu de souveraineté monétaire. Les stablecoins en euros restent peu liquides, avec un volume d’échange très inférieur à celui des stablecoins adossés au dollar. Il devient donc urgent d’encourager le développement d’initiatives européennes afin d’éviter de reproduire la suprématie du dollar sur le continent à travers les stablecoins.
Services d’investissement et tokénisation
Les services d’investissement et les marchés financiers sont directement transformés par cette nouvelle réglementation. Depuis l’entrée en vigueur du Règlement Régime Pilote (2023), il est désormais possible de créer une entreprise d’investissement fonctionnant intégralement sur la blockchain.
Ces plateformes innovantes peuvent offrir des instruments financiers tokénisés : actions, obligations, parts de fonds et à travers ces tires financiers, proposer des investissements dans des actifs variés comme de l or, de l’immobilier ou des objets de collection.
Leur essor rapide s’explique par la réduction des coûts, rendue possible par la suppression des intermédiaires et la possibilité de réaliser sur la même plateforme le règlement-livraison des titres. Ces solutions faciliteront le financement des PME, souvent plus difficile via le crédit bancaire traditionnel, et ouvrent l’investissement à un public plus large, incluant les détenteurs de cryptoactifs.
La blockchain, avenir de la gestion d’actifs
Le secteur de la gestion d’actifs considère désormais la blockchain comme son avenir. Aux États-Unis, les fonds ETF connaissent un essor spectaculaire, et la technologie promet de transformer le fonctionnement du secteur.
La blockchain permet de diversifier la gestion d’actifs de plusieurs manières :
- Investissement dans des fonds dédiés aux cryptoactifs ou aux entreprises du secteur ;
- Gestion d’actifs numériques comme un portefeuille traditionnel ;
- Tokénisation de fonds monétaires ;
- Gestion directe des actifs via la blockchain pour plus de rapidité, de fiabilité et des coûts réduits.
Conclusion : éviter l’obsolescence
De nombreux projets émergent, en France comme à l’international, pour soutenir la croissance de cette nouvelle finance régulée. Certains nouveaux acteurs rivalisent déjà en puissance avec les grandes banques européennes, tandis que certaines institutions traditionnelles hésitent encore à franchir le pas.
Rappelons que« ce ne sont pas les fabricants de charrettes qui ont inventé la voiture ». Les modèles économiques actuels risquent de devenir obsolètes bien plus vite qu’anticipé.
La France, grâce à son cadre juridique précurseur, a su offrir à ses acteurs un avantage compétitif et une réputation d’excellence. L’Europe dispose aujourd’hui de tous les outils pour relever les défis de cette révolution financière. Il est désormais crucial de préserver ces atouts alors que le reste du monde s’organise pour monter à bord de ce train en marche.
Retrouvez l’intervention de Anne Maréchal dans La Semaine Juridique :
sur-mesure








